Par Saki, le 28/03/2014 dans A la une, Artistes & Créateurs, Découvertes, Récits et témoignages

Si vous tricotez, alors vous connaissez probablement notre invité du jour, ou du moins ses créations.

Stephen West, c’est un petit surdoué du tricot : depuis quelques années, il enchaine les créations de patrons à la vitesse de l’éclair, sortant clairement du lot grâce à un sens du graphisme et des couleurs épatant. Forcément, nous avons eu envie d’en savoir plus…

Modèles Enchanted Mesa et Bundled in Brioche

Qui es-tu ?

Je m’appelle Stephen West, j’ai 25 ans et je vis à Amsterdam, ma bien-aimée ville d’adoption. Je suis originaire de Tulsa, Oklahoma, aux Etats-Unis, mais j’ai trouvé ma voie en Europe et désormais je voyage à travers le monde, rencontrant des gens sympathiques qui sont aussi des accros du tricot.

Comment as-tu commencé à tricoter, et qu’est-ce qui t’a donné envie de créer ton premier patron ?

J’ai appris à tricoter quand j’avais 16 ans avec des amis du lycée, et j’en suis aussitôt tombé amoureux. Je tricotais tous les jours dans les couloirs de l’école et j’ai commencé à collectionner laines et livres de tricot. Un jour, Brigitte, la propriétaire d’un magasin de laine local (Knlose Knit, à Urbana dans l’Illinois), m’a demandé de créer le patron d’un simple châle triangulaire, le Boneyard shawl. Brigitte a été très encourageante et m’a appris de nombreux trucs et techniques qui m’ont beaucoup aidé à progresser. Ce premier patron était destiné à un festival local, le Boneyard Arts Festival, et de nombreux tricoteurs ont immédiatement réalisé mon patron. J’ai adoré voir les choix de couleur de chacun et cela m’a donné envie de continuer.

Le fameux Boneyard Shawl

Est-ce que ça a été difficile de créer ce premier modèle ?

Je me souviens qu’écrire mes premiers patrons était long et difficile. Il m’a fallu apprendre quels termes utiliser et comment transformer un document en pdf. Il ne s’agissait que de choses très basiques, mais à force j’ai beaucoup appris et les choses sont devenues plus faciles. Je me sens vraiment chanceux que plusieurs de mes premières créations aient eu tant de succès, cela m’a aidé à réunir une communauté amicale et créative autour de mes modèles. Le site knitty.com a aussi été d’une grande aide pour diffuser mes patrons dans le monde entier, ils ont publié un autre de mes premiers patrons.

Est-ce que ton travail autour du tricot est inspiré par ta formation de danseur ? D’où te vient ton inspiration ?

Le fait d’avoir étudié la danse et de m’être impliqué dans des performances toute ma vie a clairement été une source d’inspiration pour le tricot. Je créé des designs et choisis des couleurs instinctivement en me basant sur mon expérience, exactement comme lorsque je choisis comment bouger. À force d’entrainement en tant que chorégraphe et créateur de patron, je progresse et développe un “répertoire” de travail sur lequel je peux me baser. J’adore improviser en dansant au lieu de travailler de façon plus traditionnelle comme par exemple avec le ballet ou le jazz. J’aime la surprise et la spontanéité que m’apportent le fait de ne rien avoir planifié. Je conçois le tricot de la même façon. Je créé des formes et vêtements qui me plaisent et que j’aime porter. En général, j’ai un pressentiment de ce que j’ai envie d’atteindre, mais les idées changent souvent en cours de route. Parmi mes châles et pulls préférés, beaucoup sont des accidents chanceux. Je suis obsédé par la couleur et l’envie de jouer avec de nouveaux fils. Beaucoup de mon inspiration me vient des voyages et de rencontres avec d’autres créateurs, qu’il s’agisse de tricot, de mode, d’art ou de musique. Reykjavik est ma destination préférée et j’en reviens toujours saturé d’inspiration.

Tu es un homme dans un monde de femme (on aimerait voir plus d’homme tricoter, mais hélas vous êtes peu nombreux), est-ce amusant ?

J’y suis habitué alors je n’y attache pas d’importance. Toute ma vie, que ce soit dans des chœurs ou des cours de danse, j’ai été plongé dans des environnements dans lesquels les hommes étaient moins nombreux. Être un homme ou une femme importe peu, être entouré de laine et d’autres tricoteurs m’apporte un plaisir fou. Pour moi c’est une activité qui permet à toutes sortes de gens de parler, s’entendre et partager, car nous travaillons tous avec nos mains et de la laine.

Ombre yarn eater et Fringed

Comment les “non-tricoteurs” réagissent-ils lorsqu’ils te voient dégainer tes aiguilles ?

J’ai remarqué que cela attire plus l’attention aux États-Unis quand je tricote dans les lieux publics, ce que je fais énormément ! Il y a plus de gens aux USA qui viennent me demander ce que je fais ou qui me fixent. À Amsterdam, parfois les gens me demandent ce que je fabrique, mais en général ils y accordent peu d’attention et me laissent tranquille dans mon coin. J’ai la sensation qu’à Amsterdam je peux être mon propre “moi créatif” sans avoir à prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Une fois, j’étais dans un train à New-York avec Fred, un ami tricoteur, et quand nous avons sorti nos ouvrages le type à côté nous a regardés et dis “Ah non, bon sang !” C’était très étrange et un peu effrayant, mais la plupart du temps les gens sont amicaux et curieux quand je tricote dans les transports publics ou à l’extérieur.

Lequel de tes patrons préfères-tu ?

J’aime toujours plus mes dernières créations puisqu’elles correspondent à mes envies du moment. Actuellement, j’adore porter mon Amazing Technicolor Dreamsweater, issu de la collection Crazy for Color, car il est plein de couleur et la forme se drape librement. J’aime aussi Penguono car il est complètement extravagant. Avec je me sens à la fois relaxé, stylé et confortable. ces deux projets ont été un pur bonheur à réaliser grâce aux changements de couleur, je n’arrivais pas à les poser et j’ai fini chaque pull en 5 ou 6 jours. Quand la réalisation est si fluide et inspirante, je sais que le résultat va me plaire.

Amazing Technicolor Dreamsweater et Penguono

Qui sont tes tricoteurs et créateurs préférés ?

J’aime toujours le travail de Jared Flood, Ysolda Teague, Gudrun Johnston et Olga Buraya-Kefelian. Ils ont chacun un style spécifique et reconnaissable, et sont tous des créateurs compétents et passionnés sans se prendre au sérieux pour autant. Ça me rend admiratif quand le dur labeur se marie avec une telle aisance.
Deux de mes designers préférés sont Barbara van der Zanden et Vera Rossini. La marque de Barbara se nomme Chillimint, elle travaille avec des textiles anciens venus par exemple d’Inde, de Thaïlande et du Pakistan et les applique sur des pièces vintages. Quant à Vera, elle créé de superbes bijoux avec des plumes, de faux diamants, des chaines, des franges… le tout sous le nom Cakes&Troubles. J’utilise beaucoup de leurs créations lorsque je photographie mes tricots.

Est-ce que tu couds aussi ?

J’en suis capable, mais je ne dirais pas que je couds. J’ai brièvement essayé en cousant quelques t-shirts et des sacs, mais j’ai peu expérimenté pour l’instant. j’ai récemment travaillé sur des pulls qui nécessitaient beaucoup de couture : j’aime jouer en mixant différentes techniques. Ceci dit, il va vraiment falloir que je couse de nouveaux draps et des taies d’oreiller pour ma chambre, est-ce que ça compte ?

As-tu une citation préférée (à propos de la vie, du tricot ou des deux) ?

Je répète souvent que “Home is where the yarn is” (la maison est là où se trouve la laine). Je voyage souvent et c’est devenu facile car je me sens toujours chez moi quand j’ai une grande pile de laine à proximité. C’est inspirant, apaisant, et cela m’occupe. Je crois que j’ai trouvé le travail qui me convient.

Batad

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