Par lathelize, le 07/02/2013 dans A la une, Needlenaute du mois

On ne présente plus Nath, des chiffons de la sardine, qui avec ses photos fortes et ses créations inspirée, a su installer un univers très personnel dans une blogosphère parfois un peu aseptisée.

Pour rendre hommage à son talent de conteuse et parce que je pressentais que le cadre formel de l’interview la gênerait aux entournures, je l’ai laissée raconter son histoire de fil et d’aiguilles.

Je m’appelle Nathalie, j’ai 48 ans ; dans deux ans 50 ans et ça, je ne peux même pas me l’imaginer… Ma tête ne suit pas le temps…

Je vis à Bordeaux, je suis directrice d’école maternelle et institutrice auprès de tous petits. Je suis aussi maman de deux enfants, d’une grande qui a 20 ans et de mon petit qui a déjà 12 ans. Je couds et je blogue depuis trois ans à peu près. J’ai choisi d’intituler mon blog “Les chiffons de la sardine” car je collectionne, entre autre,  les boîtes de sardines que je trouve lors de mes virées au bord des océans et des mers ou que les amis me ramènent…

J’ai passé mon enfance à regarder ma mère coudre et tricoter. Le soir, en rentrant de l’école, j’aimais venir dans son atelier lui raconter ma journée. Jusqu’à l’âge de neuf ans, j’étais vêtue de tricot des pieds à la tête, jusqu’au jour où un copain m’a demandé pourquoi j’étais toujours de laine toute vêtue (honte !)… Puis il y a eu les “100 idées” où je voulais tellement ressembler aux mannequins et porter les mêmes vêtements. J’ai eu à ce moment là quelques désirs d’apprentissages mais je n’étais, paraît-il, pas patiente pour deux sous… alors, j’ai oublié… totalement oublié……

Le temps a passé, et j’ai eu envie de faire une jupe, une jupe sans filet, sans patron, sans conseils… Cette jupe, je la remets chaque été depuis. Et de jupe en jupe, j’ai commencé à coudre. Coudre comme un acte de résistance face à la morosité qui grignotait mon métier, comme un acte de résistance face au monde qui s’assombrissait, comme un acte de résistance face à une société de consommation sur laquelle je ne peux et ne veux plus suivre.

Très vite, il m’est apparu important de prendre quelques cours de couture. Je prenais un cours par semaine et cela m’a aidé à acquérir les bases élémentaires. Dans le même temps je découvrais la couture japonaise qui correspondait à ce moment là à ce que je recherchais.

J’errai de blog en blog et j’ai eu envie d’en ouvrir un, sans trop savoir pourquoi vraiment.

J’ai ouvert mon blog en même temps que celui de Béno, ma première rencontre virtuelle, mon premier coup de foudre et d’amour de couturière. Puis Emilie Parenthèse a déboulé dans ma vie aussi. J’ai découvert l’amitié par mail interposé, par lettres griffonnées, par mots d’écrans… Mon blog a évolué à ce moment là, j’ai eu envie de faire attention à mes photos, à mes mots… et j’ai découvert un autre monde, ma seconde vie comme je dis, un lieu d’amitié et d’échanges totalement en dehors de mon quotidien.

Au départ, je crois que je cousais sans réfléchir, simplement à l’instinct, d’après un modèle ou un tissu pour lequel j’avais un coup de cœur ( et j’aime particulièrement les tissus improbables, les strass et les paillettes, les fleurs, les pas vraiment sobres….)

Je voulais coudre tout, vite… et j’ai cousu des tas de choses que je n’ai jamais porté… Je couds de mois en moins vite mais de mieux en mieux. Je réfléchis beaucoup plus avant de me lancer dans un modèle. A son utilité, à sa difficulté. Je supporte de moins en moins les défauts, les erreurs et pour le coup, je deviens très patiente… J’ai envie que le vêtement soit désiré, soit utile, et me plaise une fois terminée. J’aime beaucoup coudre pour les autres aussi. Je m’imbibe totalement dans les univers  de celles pour qui je choisis de coudre, je peux mettre des semaines à laisser émerger les idées, les indicibles des autres qui transparaissent dans les pages de leurs vies, de leurs blogs… Coudre pour moi est un tout et pas seulement un acte. Lorsque je couds, des flots de pensées m’envahissent, des mots, des histoires, des lieux, des musiques… J’essaie, lorsque j’écris un article sur mon blog, de mettre toutes ces histoires en forme….

En ce moment, je suis dans un entre deux… Je ne maitrise pas assez de techniques et certains détails sont un vrai casse tête pour moi. Or, j’ai envie de passer à une étape supérieure (faire des chemises à mon chéri, de beaux pantalons à mon fils). J’aimerai aussi pouvoir coudre sans suivre un patron, oser plus inventer. Du coup, je viens de passer quelques mois dans l’incertitude. Je voulais reprendre des cours de couture mais j’ai choisi de prendre mon adhésion dans l’association Sew & Laine qui s’est montée sur Bordeaux et dont j’aime vraiment le concept. Je vais donc aller coudre dans leur atelier et j’espère pouvoir rencontrer des personnes avec qui partager et progresser.

De par le blog, j’ai rencontré des filles qui sont devenues des amies, que j’ai pu rencontrer en vrai pour de belles, avec qui je me promène dans ma ville ; avec qui je vis des aventures d’envolées de mots, bref des filles de ma seconde vie qui croisent ma première vie.

Les blogs, tout comme le site de Thread&Needles sont des incroyables propulseurs, des lieux d’émulations, d’échanges qui donnent l’envie d’aller toujours plus loin. C’est grâce à cela que je me suis mise au tricot, au crochet. A l’heure actuelle, je suis plutôt dans les bijoux. Mais j’ai aussi envie de broder, tisser, bref, un monde sans fin… Il faut juste essayer de ne pas s’y perdre et ne pas oublier l’essentiel de ce qui fonde notre monde réel… et de ceux avec qui l’on partage notre vie…

Je n’ai pas de conseils à donner à proprement parler sur la couture mais plutôt des conseils de vie : Croire en ses désirs et tout faire pour y parvenir, ne pas essayer de copier, de ressembler aux autres mais rester soi, accepter les défauts, les erreurs tout en continuant à se dépasser, explorer tous les univers possibles comme autant de mondes, de terrains de jeux, s’amuser et ne pas se prendre au sérieux…

Et pour en découvrir plus sur Nath :