Par Saki, le 18/06/2012 dans A la une, Artistes & Créateurs, Découvertes

Ninie la Lune est une needlenaute de longue date… Elle vient de sortir sa première collection de vêtement, l’occasion idéale pour en apprendre plus sur la demoiselle mais aussi pour découvrir les dessous du travail de créatrice.

Qui es-tu, quel est ton parcours pro et quel statut as-tu choisi ?

Définir qui je suis, ça c’est une grande question ! Je m’appelle Virginie, 26 ans, maman d’un petit garçon de 3 ans. Pour me résumer je dirais que j’aime particulièrement dessiner, coudre, inventer, imaginer, rêver… D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours voulu être styliste. J’ai donc choisi de faire un bac Arts-Appliqués, puis un BTS Design de Mode Textile et Environnement (anciennement stylisme). J’ai ensuite mené une vie de troubadour entre l’autostop, le chant et le théâtre de rue ; particulièrement en Ukraine où j’ai posé mes valises pendant un an. Enfin j’ai repris mes études en choisissant une licence Pro Design. ”Ninie La Lune” a vu le jour après tout ça. J’ai commencé à créer mes premiers modèles en 2009, puis mon auto-entreprise en ce début 2012, tout en déposant ma marque à l’INPI.

Tu viens de lancer une première collection, quelles sont tes sources d’inspiration ?

Comme c’était ma première collection (habituellement je fais de très petites séries de pièces uniques), la question de la thématique abordée n’a pas été facile : tant de sujets possibles ! Après m’être creusé la tête je me suis dit qu’il suffisait de parler de ce que j’aime. J’ai donc pensé aux costumes historiques et choisi la période s’étalant de la révolution française en 1789 jusqu’en 1820/1830. D’abord parce que j’admire l’esthétisme de l’époque, de plus c’est une période charnière dans l’histoire de la mode.

D’un côté il y avait la mode bourgeoise, et de l’autre celle des révolutionnaires qui ont fait sauter tous les codes existants. Les lignes se sont épurées, les tissus sont devenus fins, diaphanes, les tailles sont redevenues empires, la mode était fleur-bleue. J’ai donc pris cette période comme base du projet. Ce qui donne des couleurs nude, gris bleu, vert d’eau, des tissus style ancien, des coupes revisitant l’époque et des techniques anciennes (comme le cordage ou les goussets).

J’y ai ajouté une technique de patronage inspirée du “Bunka” japonais, que j’essaie de dompter, d’après les livres “Pattern Magic” (que l’on ne présente plus et que je recommande vivement à toute couturière). J’ai donc travaillé sur la coupe du vêtement en fusionnant les pinces dans certaines coutures, supprimant les coutures d’épaules, de col etc (par exemple pour le Boléro Liberté, ou la Robe Marianne), tout en conservant la forme du vêtement. J’avais envie de bouleverser la couture telle que je la connais. Sans trop m’étaler (si ce n’est pas déjà le cas) je vous invite à visiter sur mon site la présentation de ma collection !

Pour l’occasion j’ai aussi réalisé une petite vidéo, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

Comment patronnes-tu ? Fais-tu appel à un logiciel pour la gradation ?

En fait j’utilise toutes les techniques (moulage et patronage papier). Comme je pars d’un de mes dessins, j’essaie de trouver la meilleure approche pour arriver au but : un vêtement qui tient la route, dont je puisse faire la gradation et qui conviendra à toutes les tailles. Je n’utilise aucun logiciel et fais tout à la main. Quand je pars d’un moulage la gradation est parfois un vrai casse tête (par exemple quand je supprime les pinces ou que je dessine une courbe). J’ai donc opté pour le système D : j’ai fouillé dans les patrons Burda et étudié le patronage sur des basiques. A force de répéter l’opération je commence à connaitre le truc. Ensuite je réalise un prototype en toile de la taille 40, je l’essaie d’abord sur moi. Je corrige mes erreurs sur les patrons s’il y en a, puis je réalise un prototype de la taille 36 ou 44 par exemple, et je le fais essayer à mon entourage pour valider mon patronage. C’est le moment fatal ou un prototype est validé ou recalé…  Au final je trouve que plus on pratique, plus on apprend en couture.

Toutes les pièces ont-elles été cousues main par tes soins ou fais-tu appel à un atelier, à combien d’exemplaires est réalisé chaque modèle ?

Dans un esprit d’artisanat (j’ai le statut auto-entrepreneur et artisan), je fais tout moi-même. Je pense que sous-traiter dans un atelier me reviendrait trop cher au final et j’aime travailler de mes mains. J’aime aussi que chaque création soit unique. Par exemple dans ma collection il y a 8 modèles, j’en ai réalisé un dans chaque taille pour commencer, soit 40 pièces. Et elles sont toutes différentes, car j’utilise différents tissus à chaque fois. Un atelier ne pourrait pas produire des pièces uniques, au mieux ils réalisent de petites séries. Ensuite dès que je vends un peu je peu reprendre ma production et sortir de nouvelles pièces uniques. Il n’y a donc pas de limitation en nombre sauf si je décide de ne plus produire un modèle.

As-tu des exigences particulières en ce qui concerne les matières que tu utilises, tu commences par dessiner le modèle ou bien est-ce que tout part d’un coup de cœur pour un tissu précis ?

J’essaie de favoriser tout ce qui est d’origine naturelle : coton, lin, soie, viscose, laine… En majorité je travaille le coton et le lin. Je fonctionne au coup de cœur pour un tissu, mais s’il est beau et qu’il n’est pas agréable au toucher il n’a aucune chance d’atterrir dans mon atelier. J’ai aussi quelques matières fétiches comme le coton chintz, les tissus chambray ou encore les motifs divers et variés… J’aime aussi le vrai Liberty, mais je ne peux pour l’instant pas m’en payer car j’achète souvent mes tissus par 10 ou 15 mètres. Sinon, ce n’est pas le tissu qui m’inspire le modèle mais toujours le contraire. Donc à chaque fois que je couds, je me demande “qu’est ce que je vais choisir comme tissu pour ce modèle aujourd’hui ?”. Et comme mes tissus sont mes coups de cœur je peux y passer une heure.

Placer des pièces dans des boutiques est difficile car si j’ai bien compris pour que ce soit rentable il faut multiplier le prix de revient (matière première et temps passé dessus) par 2.5, est-ce que tu le fais tout de même ? Comment calcules-tu tes prix d’ailleurs ?

Mes créations ne sont dans aucun dépôt-vente, justement car je ne pourrais pas être rentable. Plusieurs dépôt m’ont déjà contactée mais j’ai toujours refusé. A chaque fois on me demande une marge de 50% sur le prix de vente normal au client, ou bien le dépôt veut m’acheter mes créations à bas prix pour les revendre plus cher que je ne le fais. J’avoue que j’ai du mal avec ce système. Personnellement je pense qu’ils profitent largement du travail des petites mains que nous sommes pour se faire des bénéfices faciles en nous faisant vendre à perte. Bien sûr, avoir une création dans une boutique est profitable pour se faire connaitre, mais je pense qu’il y a d’autres solutions comme les marchés de créateurs par exemple. Les réseaux sociaux sont également un facteur important aujourd’hui, la diffusion sur internet n’est pas à négliger. Ainsi on peut me retrouver sur certains forums ou sur facebook par exemple.

Concernant mes prix, j’utilise la méthode que tu as énoncée : [matières premières + heures de main d’œuvre X 10€*], mais le tout multiplié par 2.25, car je trouve qu’ainsi le prix est mieux ajusté.

*10€ car je me base à peu près sur le SMIC pour calculer mon coût de travail, c’est indicatif. En réalité je ne me paye pas à l’heure, mon salaire dépend uniquement de mes ventes.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer dans la confection à son tour ?

D’être patient. Très patient ! Et rigoureux aussi. Si on se lance dans l’aventure, aussi belle soit elle, il ne faut pas négliger le côté administratif de la chose. Je pense que comme dans tout travail il y a des parties géniales (la création, la couture…) et des parties plus pénibles (les obligations, la pression financière…). Démarrer une entreprise je vois ça comme une course de fond : il faut savoir se ménager, ne pas s’épuiser tout de suite, pour arriver à voir le bout ou l’objectif que l’on s’est fixé.

Quelle est ta devise ?

”Qui ne tente rien n’a rien” ou encore ”Il vaut mieux vivre son rêve que rêver sa vie”. Les deux me vont à merveille, surtout en ce moment !

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