Par lathelize, le 18/04/2011 dans A la une, Artistes & Créateurs

Soeur Alma, la créatrice des patrons C’est Dimanche,
me stupéfie :

  • chacun de ses patrons est évident, intemporel et pourtant n’a jamais été vu par ailleurs. Classique et moderne en même temps.
  • Religieuse, elle crée, avec un talent formidable, des patrons pour petits et grandes, et semble avoir un succès fou en affaires
  • Retirée volontairement du monde, ses patrons sont des appels aux voyages.

Portrait à grands traits
d’une créatrice très inspirée.


Si vous me le permettez je présenterai d’abord l’équipe !

Nous sommes actuellement quatre religieuses à l’atelier, sœurs contemplatives de Saint  Jean, et notre couvent (composé d’une  quinzaine de sœurs) est à Pellevoisin, dans l’Indre. Notre statut de religieuses semi-cloîtrées nous enracine dans la prière, le silence, sans pour autant nous couper totalement du monde extérieur.

A l’atelier, les tâches sont réparties entre nous : une sœur s’occupe de la saisie informatique, une autre gère les stocks de patrons et leur emballage, une troisième envoie les commandes. Je m’occupe pour ma part du blog, de la boutique en ligne et de la partie création.

Mon parcours ?

En résumé, j’ai toujours aimé la couture, du plus loin que je me souvienne de ma mère à sa machine, de sa « panière » à trésors où elle mettait ses chutes de tissus, ses ciseaux intouchables, ses rubans… et puis les grands bocaux à boutons, héritages de grand-mère, que je passais des heures à vider et admirer, étant petite. J’ai persévéré jusqu’à l’âge de 23 ans, et la veille de mon entrée chez les sœurs, on m’avait déjà préparé une place à l’atelier couture… !
J’ai fait beaucoup d’habits religieux, de guimpes, de voiles, au début. Puis plus rien, car on m’a demandé d’autres travaux, selon les besoins des couvents où je suis passée.

Enfin il y a trois ans, au monastère, je suis tombée par hasard sur de nouveaux « trésors de grand-mère », glanés cette fois par les religieuses qui nous avaient précédées pendant cent ans ; ça a été le déclic, j’ai repris la couture en faisant des sacs et des vêtements pour les enfants.
Au début ce choix des enfants était surtout conditionné par le fait que les chutes de tissu à ma disposition étaient petites ! Mais j’ai vite réalisé que ce serait ma voie, un univers riche, inépuisable, toujours en mouvement.

Lorsque j’ai compris que j’avais plus d’idées que de temps pour les réaliser, je me suis dit : « pourquoi ne pas en faire profiter les autres et proposer des patrons ? ».

Ensuite, cela correspondait aussi avec un besoin de la Communauté de vivre de façon stable et réfléchie du fruit de son travail ; ouvrir cette voie était très audacieux, vu de l’intérieur du couvent, mais je savais que de l’autre côté il y avait une vraie demande de la part des femmes, et spécialement des mamans.
L’idée était novatrice, et spécialement la nécessité d’utiliser internet comme moyen de présenter et vendre de notre travail. J’ai toujours considéré le lancement de C’est dimanche comme un essai, qu’il fallait mettre à l’épreuve de la vie religieuse et de son équilibre propre ! La contemplation est un absolu et C’est dimanche devait pouvoir se couler dans son rythme et son esprit profond.
C’est ainsi que je l’ai présenté à mes autorités religieuses, et elles ont eu cette ouverture d’esprit très belle, cette confiance qui a permis que C’est dimanche  soit ce qu’il est aujourd’hui.
Aujourd’hui, nous vendons entre 30 et 50 patrons par jour.

Le travail de création implique en amont un « stockage massif » et inconscient d’images, de formes, de couleurs, de mouvements et d’ambiances, de volumes.
Comment elles remontent à la surface, s’entrechoquent et se mélangent pour former un modèle… c’est assez difficile à dire !
Il y a cependant des éléments stimulants et déclencheurs, qui me mettent immédiatement la tête en ébullition ; par exemple je feuillette, j’annote, je potasse (comme une étudiante !) les collections de haute couture, qui permettent d’aiguiser son œil et son goût.

Et l’inspiration est parfois très inattendue : je me souviens avoir eu l’idée du modèle « sofia » en regardant le tombé d’un vêtement liturgique, pendant la messe ; l’imagination imprime le dessin, et on passe à autre chose, très naturellement… c’est un mouvement vital continu.

Inventer un modèle implique chaque fois une démarche différente, unique. Je n’ai pas de technique de prédilection, je les aime toutes et je les utilise toutes selon les besoins du moment.
En général, l’idée est précise dans ma tête dès le point de départ, mais le croquis m’aide à la rendre vraiment pertinente graphiquement, et le patronage à la rendre parfaitement “réaliste”.
Le nœud du travail est pour moi l’aller-retour incessant du patron à la toile, et de la toile au patron : cette magie qui s’opère à chaque fois dans le passage du plan au volume. Je ne m’en lasse pas… !

J’aime l’idée que le vêtement s’inscrit dans l’histoire des peuples, des cultures, des époques. Il est toujours nouveau, et ne l’est jamais tout à fait…
« renovare et conservare » est la devise de l’Eglise, mais elle pourrait être aussi celle de la mode ! Toute création textile contient un clin d’œil à une beauté inscrite ailleurs, dans l’espace ou dans le temps.
Lorsque je réalise un patron j’ai telle ou telle chose en tête, qui aboutit finalement  à un nom géographique, quelquefois très vite, et d’autres fois, de façon moins évidente. Mais c’est toujours pour moi un hommage, une invitation, une façon de dire : « Allez voir par là-bas ».


Ici la robe Copenhague, par Cabochon

Au tout début, tous les patrons étaient testés par des mamans-couturières-bloggeuses, leur feedback a été pour moi extrêmement précieux et très décisif pour la suite. Carole a été une partenaire extraordinaire de ce point de vue-là !
Ce qui au départ était un handicap incontournable – le fait de ne pas avoir d’enfant auprès de moi pour travailler – est devenu un plus : la coopération avec les mamans n’était pas d’abord sur une base technique ou commercialement intéressée, elle était vitale pour mon travail, hautement personnelle.

Ce travail à quatre mains est devenu pour moi le plus beau des cadeaux !
Je crée essentiellement des modèles pour enfants, pour des « femmes en devenir », des « hommes en devenir », et c’est ce qui me touche : cette vitalité qui prend forme peu à peu, s’affirme, s’exprime par les lignes d’un corps en croissance et ses mouvements.
J’aime bien l’idée que l’enfant s’imagine « plus grand » et aime porter des vêtements qui le manifeste, tandis que sa mère désire secrètement le garder petit, jusque dans sa tenue ; ce « qui-pro-quo affectif » est un puissant générateur de créativité

Le plus imminent est la participation au Supermarket les 28 et 29 mai prochain, à l’espace Commines, Paris III. Un lieu qui fourmille de créateurs, et notamment Fifi Mandirac aux jolis motifs, l’une des organisatrices, avec laquelle j’ai quelques projets encore secrets !

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