Par Clem-Oiseau, le 18/05/2012 dans A la une, Récits et témoignages

Apprendre la confection de vêtements pour espérer vivre un jour de sa passion, est-ce une envie accessible ? Le témoignage d’une couturière dilettante passée par un établissement de formation professionnelle.

Delfimo s’est lancée à temps plein dans sa passion : elle suit cette année une formation dans la fabrication de vêtements sur mesure. Dans cette interview, elle nous confie ses motivations, ses impressions sur la couture à ce niveau, les changements que cela a induit dans sa manière de coudre et des conseils pour qui voudrait suivre cette même voie.

Pourquoi t’es-tu orientée vers une formation de couture ? Que faisais-tu avant ?

J’ai 38 ans, 3 enfants et un chéri formidable. Depuis 1998 je travaille dans un grand groupe de la grande distribution (avec le petit oiseau pour ne pas le citer) en centrale d’achats. A côté de ça, j’ai toujours bidouillé, les perles en cristal quand c’était la mode… En 2008, je me suis lancée dans la fimo et le cartonnage et devant le nombre de commandes que j’avais, je me suis inscrite en tant qu’auto-entrepreneur en 2009 même si mon chiffre d’affaires n’était pas mirobolant mais bon, au moins j’étais clean par rapport aux i

mpôts. En 2010, je m’achète une singer en promo et là, c’est le coup de foudre, mes premières créas: un sarouel et un manteau Lalimaya. Je passe à un contrat de 30 heures au bureau… L’envie de créer devenant de plus en plus forte, je m’octroie le vendredi et le week end pour apprendre en autodidacte avec le net, les bouquins.

En 2010, des bouleversements au bureau et hop je prends sur mon temps libre et entreprends de faire un bilan de compétences afin de vérifier ma motivation car j’ai envie de transformer ma passion en métier. Bilan du bilan: ”oui vous êtes une créative et oui vous êtes faites pour ça !”

J’informe mon N+1 que je compte demander un fongecif pour suivre une formation me permettant de combler mes connaissances techniques, je cherche l’école, obtiens l’accord de mon entreprise et  monte mon dossier sans trop y croire (40% de dossiers acceptés seulement) et en septembre 2011 après de longs mois d’attente, j’apprends que mon dossier est accepté et j’entre chez Informa à Roubaix en octobre 2011 pour 8 mois – donc j’y suis jusqu’au 31 mai de cette année. Le 3 juin… je retourne au bureau… il faut bien manger.

En même temps que ma formation, je suis suivie par une association d’aide à l’entreprenariat féminin, Initiatives Plurielles, qui m’aide à monter mon projet: ouvrir, chez moi, une boutique atelier. Un rêve que j’espère voir se concrétiser en janvier 2013.

Quel type de formation suis-tu ?

Je suis une formation intitulée “Fabricant de vêtements sur mesure” dispensée chez Informa à Roubaix dans le Nord, un établissement de formation professionnelle.

J’étudie 3 activités:

  • Adapter ou réparer un vêtement (retouches, points mains) ;
  • Confectionner des vêtements aux mesures d’une cliente (construire les bases de vêtements féminins, en réaliser les patrons, bâtir et valider une toile sur mesure, couper, assembler, monter, assurer les finitions de retouches et de fabrication du vêtement) ;
  • Gérer une entreprise artisanale de fabrication de vêtements sur mesure (établir un tarif de retouches, de fabrication, assurer la contractualisation d’une prestation de retouche ou de sur mesure, assurer l’organisation matérielle et la planification du travail d’une petite entreprise, assurer la gestion administrative et comptable d’une entreprise).

J’ai 1060 heures de formation : 850 h au centre et 210 h en entreprise. Le titre que je vise est un titre de Niveau 4. Il y a un contrôle continu ponctué par une évaluation par activité en cours d’année, une épreuve finale de 6h de mise en situation professionnelle devant jury de professionnels, un entretien devant jury et un dossier professionnel récapitulant mon année à fournir.

En parallèle de nos cours, on doit monter un défilé qui clôturera notre année en partenariat avec un créateur local. Le thème et le tissu sont fournis par le créateur mais nous devons inventer, réaliser le patron et monter un vêtement.

Je n’ai pas le temps de m’ennuyer, c’est une formation riche, intense et prenante !

Tu as suivi un stage chez une couturière – comment s’est passée cette expérience ? Est-ce un défi de coudre des vêtements pour des inconnus ? Les professionnels étaient-ils très exigeants ?

J’ai suivi 6 semaines de stage chez une créatrice de robes de mariée, de cérémonie et sur mesure dans une charmante boutique plus que centenaire avec une couturière expérimentée et une créatrice pleine de talent – une expérience riche d’enseignements. J’ai tout d’abord réalisé qu’il était difficile de vivre pleinement de sa passion au regard des charges, impôts… Ma tutrice ne se paie pas tous les mois et pourtant son agenda est rempli.

J’ai aussi beaucoup désappris… Eh oui, à l’école on a le temps, mais dans la boutique, il faut que ça dépote ! Ca ne veut pas dire qu’il faut mal faire. On apprend des trucs pour aller plus vite. On n’a par exemple pas toujours le temps de partir d’une feuille blanche pour créer un patron et du coup on se sert d’un patron aux mensurations presque identiques qu’on modifie. On découvre que certains investissements matériels sont nécessaires pour gagner du temps (la centrale vapeur, la table aspirante, la presse et matrices pour boutons recouverts).

J’ai découvert qu’il fallait faire preuve de beaucoup de psychologie quand il faut dire à la cliente qui vous montre une photo d’un modèle complètement inadapté à sa morphologie qu’il vaut mieux s’orienter vers un autre modèle. Autre devise: “Devant la cliente, tout va toujours bien même si on a fait une boulette!”

J’ai eu de la chance, ma tutrice m’a fait pleinement confiance et m’a laissée travailler comme je voulais, j’ai pu concevoir une robe de petite fille d’honneur complète, faire des drapés sur des bustiers comme je les sentais, réaliser une tenue à laquelle j’ai donné mon prénom… J’ai travaillé des soies splendides, des taffetas, des tulles dévorés, des dentelles… Le rêve !

Comment te sens-tu par rapport à tes réalisations qui datent d’avant ta formation ? Vois-tu clairement une différence de qualité ?

Il n’y a pas photo comme on dit ! J’ai appris à travailler sans épingles (sauf pour les manches parfois), j’ai découvert les finitions parfaites, l’importance du repassage entre chaque étape de montage et des crans de montage qui facilitent le travail. Nos cours sont dispensés par des professionnelles qui ont travaillé dans l’industrie ou dans des ateliers de haute couture donc forcément on apprend des choses qu’on a jamais vues ! J’ai appris l’économie du tissu lors de la coupe, l’importance de décatir… La liste est longue et j’apprends encore !

Est-ce qu’on aime toujours la couture quand ce n’est plus qu’une passion, mais une véritable activité à plein temps ?

Je te dirai ça quand je serai devenue couturière à temps plein ! Mais je ne pense pas que cela arrivera car je suis lucide (il faut bien nourrir sa petite famille) et je ne lâcherai pas mon activité salariée, au mieux je prendrai un mi-temps et concilierai les 2 activités.

Ce qui me stresse le plus quand j’ai une commande sur mesure c’est de me planter, ne pas être à la hauteur de ce qu’on attend de moi et ce sentiment, je ne l’ai pas quand je crée en taille standard. Le manque de confiance, promis je me soigne (merci Coud’oeil ma voisine couturière préférée !) et j’ai mon fan club ! Tant que je doute, je trouve ça sain, ça me force à me dépasser ! Le jour où je prends le melon, s’il vous plaît piquez moi ma pédale de machine ou enroulez moi dans du thermocollant !

Qu’est-ce que tu conseillerais aux couturières dilettantes qui veulent faire de la couture leur métier ?

Lancez vous mais pas du 15ème étage ! Validez votre motivation ! Planifiez ! On a besoin de son entourage pour se sentir soutenue, mais parfois il faut savoir ne pas les écouter et tenter de réaliser ses rêves.

Depuis le début de mon activité, j’ai une citation de J. Ruskin en tête: “L’art est beau quand la main, la tête et le coeur travaillent ensemble.” Elle résume bien mon projet…

(Les photos de cet article sont issues du blog de Delfimo)

Pour en savoir plus :