[Interview] Les tissus bio #2

Par Bisoudoudou le 10 avril 2017 dans Découvertes, Artistes & Créateurs, Interviews

Continuons notre découverte de l'univers des tissus bio avec quelques explications plus techniques.

Lors de ma visite au salon de La Grand Mercerie en Novembre dernier, j'ai découvert les tissus bio que je ne connaissais que de nom.  Dans notre précédent article, nous vous avions présenté deux marques françaises de tissus biologiques, Amandine de "Amandine Cha" ( Les Trouvailles d'Amandine ) et Aurélie de "Fil Etik". Aujourd'hui, elles nous expliquent le marché, les normes, etc.

Quel est l'état du marché et quels sont les attentes des clients ?

Amandine :

A l'heure actuelle, on trouve de plus en plus de marques vendant des tissus « bio » écologiques (à partir de coton bio, sans certification) avec des designs et des qualités dans l'air du temps. Le nombre de marques certifiées proposant des tissus bio a peu évolué depuis 2010 car se faire certifier est un parcours du combattant et un investissement financier important. Malgré cela, je remarque en discutant avec les gens que les consommatrices sont plus au fait du bio et cherchent du beau bio avec les valeurs du bio, des beaux motifs avec des teintures certifiées et de la traçabilité ou de la transparence !

Aurélie :

Je pense que l’on est aux prémices de la prise de conscience qu’une consommation textile plus responsable est possible. J’ai vraiment l’impression que la révolution est en marche, et c’est une bonne nouvelle. L’industrie textile est la seconde industrie la plus polluante au monde, juste après celle du pétrole, il faut que le bio devienne la norme. Et c’est par le changement des modes de consommation qui est amorcé que cela va évoluer, et dans le bon sens, j’en suis persuadée. Choisir un textile bio, c’est l’assurance d’avoir un tissu produit dans le respect des Hommes, de l’environnement et de notre santé.

 

Tissus Amandine Cha - Tissus FilEtik

Répondre aux normes du bio, facile ou difficile, qu'est-ce que ça signifie ? Les règles changent-elles souvent ?

Amandine :

Il est facile du faire du BIO mais très difficile de faire du vrai BIO certifié. Nous avons choisi dès le départ d'être certifiés GOTS, label international très exigeant qui contrôle 3 aspects intrinsèquement liés et importants pour nous : le respect de l'environnement, un impact sanitaire neutre et le respect de l'homme.

Le cahier des charges très strict de GOTS nous contraint à un approvisionnement contrôlé de matières biologiques certifiées et tracées (exit le polyester et ses copains, la viscose, etc.), à adapter les processus de productions textiles conventionnels pour qu'ils soient certifiables (par exemple le désencollage des tissus tombés de métier ne se fait pas grâce à des enzymes OGM mais à l'eau chaude mélangée à de l'acide acétique, il a fallu donc adapter "l'amidonnage" des fils pour qu'il soit soluble à l'eau), créer des recettes de teintures qui soient GOTS (sans métaux lourds, sans perturbateurs endocriniens, etc.), de même pour les encres d'impression et pour les apprêts (que nous avons réduits à des apprêts mécaniques, exit les apprêts chimiques qui nous font des allergies).

En dehors de ces contraintes de production, Ecocert, l'organisme certificateur, qui contrôle l'ensemble des sites de production chaque année, audite aussi les conditionnements des produits (exit le PVC et les phtalates, vous ne trouverez pas de pochette transparente plastique pour nos coupons de tissus mais de jolies boites en kraft recyclé) et notre communication notamment l'utilisation du logo GOTS, les tournures des fiches produits, les flyers, la documentation, le site internet, etc. pour éviter tout greenwashing !

Depuis 2010, nous sommes passés de la version 2.0 du GOTS à la version 4.0 cette année et on vient de nous annoncer un nouveau cahier des charges GOTS 5.0 pour 2018 ! Cela signifie que nous devons anticiper sans cesse les évolutions de la certification et pousser plus notre éco-conception. Cela rend la conception de certains tissus difficile mais aussi passionnante !

Une petite précision car il y a souvent (très souvent !) confusion : le label oekotex n’est pas un label textile bio. Une toile en 100% polyester peut être oekotex, ou un crêpe en viscose…

Aurélie :

Lorsque je sélectionne mes tissus, je privilégie et soutiens les acteurs certifiés GOTS, parce que c’est la garantie d’avoir un tissu propre et éthique. Le référentiel GOTS est le plus rigoureux, il assure la certification sur toute la chaîne de production du tissu, de la fibre à l’impression textile finale et a des critères stricts au niveau environnemental et social. Il faut suivre un cahier des charges très strict. De surcroît, le référentiel évolue et s’améliore avec le temps avec des exigences toujours accrues.

D’autres fibres sont écologiques sur tout le processus de production, tel que le Tencel. C'est une fibre extraite de la pulpe de bois d’eucalyptus. Elle a été développée par une entreprise autrichienne qui a breveté son processus de fabrication écologique recyclable à 99,7%. L'autre avantage de cette fibre est qu'elle requiert peu d'eau pour sa fabrication (beaucoup moins que le coton). C’est un cercle vertueux et écologique et l'entreprise a reçu le "European Award for the Environnment". Comme ce n’est pas une culture en champs, mais plutôt une sylviculture, l’eucalyptus provient en effet de forêts gérées durablement, la labellisation est FSC pour cette matière.

Le jersey flammé Tencel de Fil Etik est issu d’un déstockage auprès d’une jeune créatrice de Haute-Savoie qui a aussi fait le choix d’une production française (tricotage-teinture).

Qu'avez-vous envie d'ajouter, de préciser, de dire ?

Amandine :

Parce que nous aimons la mode, le DIY et le textile, qui restent opaques, esclavagistes et ont un impact négatif,
Parce que le prix final n’est pas le reflet de la valeur du travail payé,
Parce qu’on a le droit de savoir qui se cache derrière les produits que nous achetons,
Parce que le DIY est l’occasion d’être fier de ce que l’on fait,
Parce que nos valeurs sont le partage et la transparence,
Nous vous proposons à toutes, chères couturières fans de DIY, de participer à la Fashion Revolution Week en avril 2017 en interrogeant vos marques préférées de tissus sur vos réseaux sociaux préférés et de leur demander #whomademyfabric #quiafaitmontissu en exigeant de la transparence !
Retrouvez toutes les infos de ce défi sur notre blog prochainement et bien d’autres infos textiles développement durable.

Aurélie :

L’information et la transmission de ce que j’ai pu acquérir et que j’apprends au quotidien sont essentielles dans ma démarche.

Il arrive que l’on me pose la question de manière dubitative sur l’intérêt d’un tissu biologique. Lorsque je réponds en expliquant ma démarche et que je vois l’expression de mon interlocuteur changer, c’est une des plus belles satisfactions qui soit. C’est ce qui me pousse à continuer.

 

Et vous, avez-vous fait le choix du bio ?

Retrouvez-les :

Amandine Cha

Fil Etik

A propos de l'auteur : Bisoudoudou

Elle est la "technicienne couture" de l'équipe de rédaction de T&N. Lorsqu'elle coud pour elle, elle imagine des vêtements féminins et toujours pleins de détails originaux.

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Commentaires

Poppy&Daisy (il y a 2 semaines, 1 jour)

Merci pour cette suite ! smiley

missumlaut-Kikoo (il y a 2 semaines, 1 jour)

Démarche interessante, la production des fibres pose certainement des tas de questions et le coton est une plante gourmande en ressources.

Mais une remarque, je trouve curieux d'amalgamer la viscose -qui est une fibre cellulosique traitée (d'où que provienne la cellulose, coton, bambou, eucalyptus ou chanvre, fibres longues ou fibres courtes ! ) avec le polyester issu de la chimie du pétrole. Pour un peu plus loin vanter le Tencel, qui est une marque déposée d'une variété de viscose.

Fil Etik - Aurélie (il y a 2 semaines, 1 jour)

Merci missumlaut-Kikoo pour ce commentaire pertinent. Effectivement, comme Amandine le souligne, la viscose est polluante. Le Tencel, vous avez raison, est également une fibre artificielle mais a cependant un processus de fabrication écologique. Pour y voir plus clair, je vous invite à lire l'article d'Amandine dans lequel elle met en lumière la classification environnementale des textiles selon 5 critères majeurs (dont la toxicité pour l'homme, du producteur au consommateur et la dégradation de l'environnement) développée par le cabinet Brown and Wilmanns Environnmental et l'ONG Made-By: http://www.amandinecha.com/blog/les-matieres-textiles-comment-faire-le-tri/

Le coton biologique et le Tencel sont classifiés dans la catégorie B (classification selon laquelle A a le plus faible impact écologique et E le plus fort), alors que la viscose générique et de bambou se retrouvent en E, le polyester et l'acrylique en D. J'espère que cela pourra répondre à votre remarque. Aurélie. 

Mapie (il y a 2 semaines, 1 jour)

Merci pour toutes ces précisions. Il est difficile de passer à du tout bio. Cependant depuis que j'ai lu les informations du blog d'Amandine, je regarde les matières utilisées quand j'échète des vetements tous faits et je privilégie le bio dans mes cousettes.

missumlaut-Kikoo (il y a 2 semaines)

@Aurélie : je suis donc allée lire l'article d'Amandine, qui fait référence à une et une seule étude : le site du cabinet (qui est une entreprise chargée d'études et non un organisme de recherche scientifique) ne donne pas de lien où l'on puisse lire l'étude et connaitre ses conditions de réalisation. Nous ne sommes pas en  contradiction,  c'est la quasi-militante l'indépendance et de la méthode scientifique qui s'adresse à la militante écolobio et surtout, éthique.

Par exemple : quels sont les facteurs intégrés / non intégrés dans cette étude ? Leur pondération ? À mon avis de béotienne, le lin (même non biologique) cultivé en France ne devrait pas avoir le même classement que le ramie (cultivé en Asie). Ça pèse à transporter !  La laine peut -être produite localement (et l'impact est partagé avec la production de côtelettes et de fromage) ou venir de Nouvelle-Zélande...

Je suis de nouveau dans ce classement surprise de voir des noms de marques déposées de fibres traitées ou de synthèse (Tencel, Lyocell, Nylon)  placées de la même façon que des dénominations génériques de fibres (viscose, polyamide).

En tous cas, merci de faire circuler les informations : ma démarche à moi par rapport à ce type de chose c'est remonter à la source, questionner la source et trouver d'autres sources non directement reliées pour confirmer/infirmer/moduler.