[Reportage] L'art de la soie

Par Lili The banyan tree le 30 juillet 2013 dans Récits et témoignages

En route pour le Cambodge. Aux Artisans d'Angkor, on laisse libre cours à sa créativité : la sculpture sur bois, sur pierre, le travail de laque, mais ce qui nous intéresse, c'est la fabrication et le tissage de la soie.

Suite au massacre du à la guerre civile dans les années 80, le savoir faire Cambodgien tend à disparaître. La vocation d'Artisans D'Angkor est de former des jeunes ruraux peu scolarisés. D'abord dans le secteur du bâtiment, puis aux métiers de l'artisanat traditionnel. C'est un modèle d'entreprise : la vente des produits lui permet de s'autofinancer.

La tradition de la soie est née en Chine presque 3000 ans avant JC et pendant 30 siècles le savoir faire va rester en Chine. C'est à partir du 3ème  siècle après JC que les routes de la soie apparaissent et que la sériciculture se répand en Asie mineure, Italie Afrique, Espagne et au Cambodge au 10ème siècle.

Les Artisans d'Angkor possèdent le centre National de la soie (à quelques kilomètres de Siem Reap, au nord du Cambodge), site ouvert au public permettant d'expliquer le processus de production de la soie.

Il s'étend sur 8 hectares, dont cinq sont utilisés pour la culture des mûriers. Plusieurs types sont plantés afin de comparer quels sont ceux qui s'adaptent le mieux à la terre et au climat (on retrouve des mûriers de Chine, Vietnam, Thaïlande, mais aussi de provenance locale). La conclusion est qu'il n'y a pas de meilleure espèce adaptée au pays, par contre, les vers se nourrissant à partir de feuilles de l'espèce thaïlandaise sont plus productifs !

La magnanerie est le lieu ou l'on élève les vers à soie. D'ailleurs, le nom "Magnanerie" vient de la langue provençale "magnon" que l'on peut traduire par goinfre ou dévoreur. La chenille "Bombyx Mori" ou "Bombyx du mûrier" est l'espèce la plus commune de chenille élevée par l'homme pour la production de la soie. Selon les espèces, les vers produisent plus ou moins de soie (entre 300 et 800 mètres).

Le cycle du ver à soie

Les vers à soie de l'espèce locale ont un cycle de 47 jours. Il faut compter une période de  26 jours entre l'éclosion de l'oeuf et de tissage du cocon. Durant cette période, les vers subissent 4 mues. pendant ces 4 "âges", ils sont nourris 4 fois par jour. ils vont ensuite avoir un appétit féroce et vont manger jusqu'à deux feuilles de mûrier par jour (par comparaison avec le premier âge, où une feuille peut nourrir plusieurs centaines de vers pour 1 jour).

Le ver prend ensuite une couleur jaune : il est prêt à tisser son cocon. Il aura besoin de 5 jours pour s'envelopper complètement de filaments de soie qu'il secrète. Une fois terminé, la chrysalide se transformera en papillon, en détruisant le cocon de soie. On laisse environ 20%  des papillons arriver à maturité pour assurer le cycle de reproduction.

la préparation du fil

Le dévidage est la première étape de la transformation du cocon. Les cocons sont placés au soleil pendant 5 jours pour tuer la chrysalide et ainsi récupérer la soie avant qu'elle ne soit dissoute, lorsque la chrysalide tentera de sortir de son cocon.

Les cocons sont trempés dans l'eau chaude pour que la séricine (la colle) qui entoure le fil de soie se ramollisse et permette de dévider la soie. Pour obtenir un fil utilisable, on dévide toujours plusieurs cocons ensemble.

Un cocon est composé d'une première couche de soie brute (appelée aussi filoselle ou bourre) et de soie fine. A la fin, il ne reste plus que la chrysalide, qui est d'ailleurs bonne à manger...

Vient ensuite l'étape du nettoyage, les irrégularités du fil sont enlevées à la main. Puis le moulinage, afin de consolider le fil. Au niveau du rendu, plus le fil est tordu moins le tissu sera brillant.

Le flottage: Le fil de soie peut enfin être mis en écheveau grâce à la flotteuse.

Le décreusage: C'est une étape indispensable avant la teinture. Elle consiste à enlever du fil de soie la séricine, qui empêche la teinture de bien imprégner la soie. Le fil est donc "cuit" dans une solution savonneuse pendant 45 minutes pour dissoudre la séricine. La soie va perdre 25 % de son poids.

Puis la teinture : La soie est trempée dans une bassine d'eau où des pigments ont étés préalablement dissous. Le mélange est porté à ébullition petit à petit, pendant 30 minutes.

Enfin, le bobinage est la dernière étape. Le fil de chaîne (celui qui sera dans la longueur du tissu) est enroulé autour de grands supports pour pouvoir le tisser. Le fil de trame (largeur du tissu) est enroulé autour de gros cônes.

Après ce travail titanesque, la soie est fin prête à être tissée !

Pour les curieuses, la suite au prochain épisode ...

En savoir plus :

A propos de l'auteur : Lili The banyan tree

Grâce à ses nombreux voyages et ses expériences tous azimuts, elle a sur le monde de la couture et du tricot un regard très personnel. Avec elle, on se pose les bonnes questions pour faire rimer création textile et éthique !

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Commentaires

Lujayne (il y a 4 années, 3 mois)

Bravo pour cet article super intéressant ! J'ai hâte de lire la suite !!!

Couture Libre (il y a 4 années, 3 mois)

Et ben, après tout ça, faut pas louper sa couture !!! ;)

Christelou (il y a 4 années, 3 mois)

Joli reportage ! Vivement la suite ;)

Leefa (il y a 4 années, 3 mois)

merveilleux!
merci pour ce partage :)

Amaladine (il y a 4 années, 3 mois)

Hâte de lire la suite, c'est super intéressant !
Merci pour cette découverte !

LePapillon (il y a 4 années, 3 mois)

Super intéressant, merci pour le partage !

BrightEyedMum (il y a 4 années, 3 mois)

La suite, la suite !

Lholy-chan (AmelieNoMori) (il y a 4 années, 3 mois)

Merci pour ce petit article instructif. Vivement la suite ! :)

Blanche Neige (il y a 4 années, 3 mois)

Ce reportage est super intéressant!
Par contre, ça ne me donne pas envie de manger des vers à soie!!!! :)

Manowen (il y a 4 années, 3 mois)

passionnant ! c'est toi qui as pris toutes les photos ?