Par Saki, le 14/07/2010 dans Discussions

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C’est peut être parce que cette époque de l’année me rappelle le jour béni où j’ai eu mon BAC

(et donc pu quitter le lycée), ou simplement parce que j’ai le chic pour me poser des questions casse-tête, toujours est-il que ça fait un moment que je me demande comment une communauté comme la notre peut se bâtir autour d’un loisir par essence solitaire.

Des loisirs/passions, j’en ai des tonnes, qu’il s’agisse de sport, de musique, ou d’arts appliqués. J’ai travaillé en équipe sur des chantiers de peinture, je ne conçois pas un entraînement sportif sans entraîneur et camarades, la musique ne me semble jamais aussi belle que quand je joue avec des amis, un film est toujours meilleur si j’ai quelqu’un avec qui le regarder et en parler après… Seule la couture résiste encore et toujours à l’envahissement : je me doute bien que ça n’est pas le cas pour tout le monde mais lorsque je suis devant ma machine j’ai besoin d’être au calme et concentrée. J’ai déjà cousu dans la même pièce qu’une amie mais au final chacune de nous était penchée sur son ouvrage, nous ne bavardions vraiment que pendant les pauses.

Bref, de toutes mes activités il n’y a que la couture que je prends vraiment plaisir à pratiquer en solitaire.

Et pourtant…

A force de déambuler sur internet, je ne peux m’empêcher de constater qu’une véritable communauté s’est créée autour de la couture, tout comme d’ailleurs autour de la broderie ou du tricot. Je suis particulièrement bluffée par les trico’thé et autres réunions du même styles, ces rendez-vous durant lesquels les tricoteurs se retrouvent pour jouer des aiguilles de concert ou travailler sur un projet commun.

Ca n’est pas pour vous lancer des fleurs

mais la communauté “couturesque” m’est devenue presque indispensable. Sans doute parce que la créativité que j’y découvre me donne chaque jour envie de me mettre à l’ouvrage : l’enthousiasme est contagieux et internet semble être un excellent vecteur de contamination, mais je ne suis pas certaine que cela suffise à expliquer ce phénomène.

J’ai l’impression (dites-moi si je me trompe) que pour beaucoup d’entre nous ces activités ont un lien avec nos histoires familiales. Ma mère et mes grand-mères cousaient, comme nombre de femmes de leurs générations, et même si j’ai appris toute seule par la suite j’ai l’impression de conserver un lien ténu et privilégié avec elles. Quand j’y pense, je réalise que j’utilise la trousse de couture de l’une, les ciseaux de coupe offerts par la seconde, que j’ai longtemps rêvé de pouvoir me servir de la vieille machine de la troisième (hélas pas très pratique)…

En fait plus j’y réfléchis et plus je me dis que je ne suis pas seule quand je couds ; je ne parle pas de fantômes évidemment, juste de souvenirs et de l’impression d’être ancrée dans une histoire familiale. Dès lors voir sur un blog une femme de l’âge de ma grand-mère montrer ses travaux prend un tout autre sens, elle n’est plus tout à fait une étrangère pour moi.

En me relisant, je me rends bien compte que tout cela est assez fouilli,

peut être un peu niais aussi, et qu’évidemment il existe des communautés (certes plus ou moins développées) autour de thèmes aussi variés que la collection de boite de lait concentré, la course d’orientation subaquatique ou l’histoire de la fabrication des petites cuillères à travers les âges. Bref, des groupes se créaient autour d’un intérêt commun depuis toujours, et la couture est clairement à la mode en ce moment car elle s’inscrit dans la vague du DIY*, de l’écologie, de l’esprit récup’ et du refus de la surconsommation, toutes choses dont on a déjà causé ici.

Est-ce que vous croyez que c’est capillotracté** de croire que ces loisirs particuliers, qui ont aussi un but pratique à savoir nous habiller, sont un parfait terreau pour une communauté pour la simple raison que celle-ci devient un peu comme une seconde famille ? Après tout, la famille est là aussi pour veiller à ce que chacun de ses membres ait le nécessaire : un endroit agréable ou vivre, des vêtements adaptés et de quoi manger. Toutes choses que je trouve en doses homéopathiques (et bien agréables), que ce soit en parcourant vos blogs ou sur Thread and Neddles : des sites accueillants qui sont comme une seconde maison pour leurs créateurs, des recettes de cuisine ou conseils de couture, et même des photos des minots de certaines dont j’ai un peu l’impression, à force de les voir grandir, qu’ils sont comme de lointains petits cousins, qu’on ne connaît pas vraiment mais dont on est heureux de constater au fil des jours qu’ils se portent bien et son heureux.

Je n’ai pas respecté la fameuse construction “thèse anti-thèse synthèse”, j’espère tout de même que cette “dissertation” vous aura intéressés. Si vous avez une opinion sur le sujet, je suis toute ouïe !

*do it yourself

**tiré par les cheveux quoi