Par Tasticottine, le 19/05/2010 dans Actualité, Récits et témoignages

Au commencement, c’est simple : il y a une machine à coudre
Tu as récupéré celle de ta mamie ou tu en as acheté une à D*rty. Tu ne te poses pas forcément mille questions, tout ce que tu veux, c’est qu’elle couse.
Tu commences simple et sans risques : un carré, un rectangle, des trucs basiques. Et puis petit à petit, tu te passionnes, tu t’équipes niveau outillage de mercerie, tu t’étourdis dans les magasins de tissus, tu couds de plus en plus, tu aimes vraiment ça et tu finis par donner un petit nom à ta machine.
Tu passes du temps sur le net, tu admires les réalisations des autres, tu participes à des défis et à des forums, tu discutes passepoil, bâti et parmenture avec d’autres passionnés qui comprennent ce que tu dis et ta vie change subtilement. Tu deviens couturière. D’ailleurs, petit à petit, tu rehausses tes standards. Tu couds plus compliqué, avec plus de détails, les plis, pinces et doublures deviennent tes meilleurs amis, sans eux, la fête est nettement moins folle, limite tu t’ennuies. Tu quittes les rives du bricolage, tu veux être « carrée », fignoler, soigner ce que tu fais. Tu veux que tes finitions soient propres.
Et tu trébuches sur les limites de ta machine
Elle fait peu de points, elle n’a pas beaucoup de pieds, elle galère avec les tissus fins ou le jersey, ça tu le savais et tu le lui pardonnais. Mais pitié, le surfilage ! Elle te saccage le surfilage des bords de tes belles réalisations ! Tu as beau faire, elle ne t’offre que du moche ou du moyen bof. Et ça, tu le rumines. Tu le rumines tellement que tu te mets à rêver un peu plus grand. Jusqu’à ce que, forcément, surgisse LA solution.
Il te faut une surjeteuse. Il te faut absolument une surjeteuse. Tu lis des posts d’heureuses propriétaires de tels engins et tu trouves ça évident : une surjeteuse va tout changer. Avec elle, moins de frustrations, moins de temps perdu, un boulot propre comme ta machine ne saura jamais le faire, des jerseys cousus sans avoir à verser une larme, le bonheur quoi, le vrai. La surjeteuse, c’est l’étape suivante, logique. Passer d’une machine seule à une machine + une surjeteuse, c’est passer du collège au lycée, de l’amatrice qui-laissera-peut-être-tomber-un-jour à celle qui a trouvé SON loisir et ne le lâchera plus.
L’affaire est conclue, tu vas t’en procurer une. Tu commences à te renseigner.
Ça va te changer la vie, mais comment exactement ? Parce qu’à première vue, on dirait juste une machine tordue une surjeteuse. Il y a plein de bobines, des boutons jaune, vert, rouge, bleu, ça a l’air compliqué. En peu de temps, tu apprends ce qu’est un différentiel, l’intérêt d’avoir une machine à 4 fils ou pas, la différence entre une surjeteuse simple et une surjeteuse recouvreuse. Mais tu as beau faire, tu n’as pas la réponse à la question que tu te poses depuis le début : laquelle j’achète ? Et son corollaire : vu le prix, comment je m’assure que je ne vais pas me planter ?
Parce que ça coûte cher quand même,
nettement plus qu’une simple machine. Alors, tu hésites, tu doutes, tu repenses au point zigzag de ton humble machine imparfaite. Puis tu te ressaisis, tu refuses de céder à la frousse et tu la joues rationnelle. Tu écumes les forums, tu recenses les noms des marques qui reviennent le plus souvent : Pffaf, Janome, Brother, Bernina, tu cherches des comparatifs, des points négatifs, des différences qui te permettraient de réduire ta liste. Tu ne trouves pas, tout le monde trouve sa surjeteuse super sympa, d’une longévité exceptionnelle et facile à enfiler une fois qu’on a l’habitude. Alors tu prends le taureau par les cornes et tu vas en magasin. Tu fais le tour des marques et tu n’arrives toujours pas à les départager. Pire : tu trouves que les modèles se ressemblent comme deux gouttes d’eau.
Comme tu as jusqu’à ton anniversaire ou Noël pour te décider, tu laisses tomber le comparatif des mérites des machines, qui semblent pratiquement toutes avoir les mêmes qualités et tu deviens pragmatique : prix et durée de la garantie. Voilà les critères qui vont te permettre de choisir en fin de compte. Ou alors, tu prends la même que ta copine qui te dit qu’elle en est très contente. Ou alors, tu ne l’avoues à personne mais tu plouffes et tu t’en tiens à ça. Parce que tu en as marre là, de ta chasse à la meilleure surjeteuse.
Et puis arrive le jour où tu la reçois. Tu ouvres la boîte, tu sors la bête et tu t’empresses de commencer à l’enfiler. Tu tires la langue, tu as une petite frayeur en voyant par où il faut passer. Mais au bout d’un moment, tu y arrives, elle est prête. Intimidée, tu glisses un bout de tissu et tu appuies sur la pédale.

Et là, tu oublies toutes ces semaines d’enquête anxieuse, d’errances en hésitations, toutes ces questions, ce flottement et cette sensation que tu as eu de te jeter dans le vide quand tu as sorti ta carte bleue. Tu oublies tout parce que tu es émerveillée par ce qu’elle sait faire, ta nouvelle copine. Mon dieu les beaux bords tout propres ! Mon Dieu elle peut coudre deux tissus ensemble en même temps qu’elle te soigne les bordures aux petits oignons ! Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, c’est magiiiique !



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