Par Ninie La Lune, le 05/05/2010 dans Récits et témoignages

Retrouvez les deux premiers épisodes de la création de ma boutique-atelier :
1) Au commencement
2) Par où commencer

Précédemment, nous avions vu qu’il fallait avant tout commencer par se poser les bonnes questions concernant notre situation personnelle.

Je vous rappelle qu’écrire sur papier toutes les étapes de votre raisonnement est primordial. Gardez précieusement toute la documentation sur vos recherches. Constituez-vous un dossier en béton, car vous en aurez besoin par la suite…

Car pour la suite de mon histoire, je vais vous parler de quelque chose de concret. Un moment clé de l’aventure. Certains diront que c’est juste « un mauvais moment à passer », d’autres, que vous allez y arriver « les doigts dans le nez ! ». C’est un épisode qui terrorise et tourmente. Un événement que l’on redoute, et pourtant, on l’attend avec impatience : le premier rendez-vous !

En réalité, je ne vous parlerai pas vraiment du premier rendez-vous. Plutôt du deuxième.

4153099058_5d76dfb1210Car le premier était pour le pôle-emploi, une simple visite de « courtoisie ». Pourtant c’est tout de même là que tout a commencé. J’ai résumé la situation à ma conseillère :

- « J’ai eu mon bébé, ça y est, et je ne trouve pas de travail, ça fait un an, OK ? Alors je veux monter ma boite.

- Oui. Je vois… De quoi s’agit-il exactement ?

- Je veux monter une boutique-atelier de création textile, à Niort.

- … ? »

Sur la mine déconfite de mon interlocutrice, on voyait tout de suite qu’elle n’y croyait pas. Bon, passons, c’est le pôle-emploi. Elle m’a orienté vers une boutique de gestion, chargée d’évaluer mon projet. A la suite de l’évaluation, le pôle-emploi décide si oui ou non ils vont pourvoir m’aider, au vu des résultats de l’analyse. C’est terrifiant ! Mon projet ne tient qu’à une analyse positive ou négative d’un quelconque individu encore inconnu : c’est oui ou non.

Voici donc le « vrai » premier rendez-vous.

Celui qui est plus important que tout, ce jour là. Me voici dans ce couloir austère d’un vieux bâtiment, assise en attendant. Sûrement une ancienne école. Vous savez, ces couloirs dont le parquet ancien craque sous vos pas, et résonne partout jusqu’aux hauts plafonds à moulure en plâtre, alors que vous ne voulez surtout pas que l’on vous entende. J’aurais voulu me faire si petite, jusqu’à disparaitre… Bon, passé le premier effet stress du « elle est où la salle 12 dans ce merdier ? », j’attends patiemment sur mon siège en me rongeant les ongles. Du moins si c’était dans mes habitudes, c’est ce que j’aurais fait. J’entends sa voix, ce doit être une de ces dames à l’air grave et aux avis bien tranchés. Oh mon dieu mais qu’est ce que je fais là ? Si jamais elle refuse de croire en mon projet, je fais quoi ? Est-ce que je vais réussir à la convaincre ? Cela fait bien une heure entière que j’attends. Mais qu’est-ce qu’elle fout ? Je me suis presque endormie sur mon siège. Puis, deux personnes sortent, et une petite dame aux yeux charbon s’approche en me tendant la main : « Oh je suis désolée vous n’avez pas trop attendu ? »

Passées les présentations, je lui explique mon projet de boutique-atelier. Un air du pôle-emploi, je crois bien qu’elle n’adhère pas, elle me semble dubitative. Mais sous son air sceptique, elle cherche quand même à savoir de long en large si c’est faisable. Elle m’a posé beaucoup de questions auxquelles je n’avais pas de réponses arrêtées : prix des loyers commerciaux, pas de porte, statut, fournisseurs, produits, clientèle, etc. Comment je définis ce que je fais ? Elle ne sait pas ce que je peux faire, ni mon univers, ni mon savoir-faire. Zut ! Pourquoi je n’ai pas amené des photos, des croquis ? Elle me demande de faire un book. Pff quelle grosse nouille je suis, j’aurais pu y penser.

Puis vient la question de l’argent.

- « Quel est le budget prévu ?

- Je ne sais pas…

- Vous avez des crédits en cours ?

- Non.

- Avez-vous fait des économies ?

- Oui ! J’ai 1600 euros de côté !

- … Ah…Ce n’est pas beaucoup. (J’avais envie de lui dire que d’arriver à mettre 1600 euros de côté au chômage avec un bébé à charge, c’est quand même déjà pas mal non ?)

Puis on a fait plein de calculs pour savoir combien je devrais débourser par mois obligatoirement en ayant un local sur une base de loyer à 700 euros pour un local d’environs 40 mètre carré :

penniesHypothèse d’un emprunt de 35000 euros = 580 €/mois, + SACEM* 12.5€ + 70€ électricité + 10€ assurance, TPE** 12€, affranchissement (timbres, colis…) 50€, Service bancaire*** 42€, eau 13€, 50€ téléphone et internet, 15€ commission banque + 700 euros loyer + impôts foncier**** 33€ = 1587€ !

Sans tenir compte de l’achat de matériel pour la boutique, de tissus et de ma paye bien sûr… (J’ai déjà en ma possession tout ce qu’il faut pour coudre, excepté une surjeteuse, qui me fait terriblement défaut. Je pense tout de même l’acheter avant de commencer la boutique atelier et sans emprunt.)

Bref, la conclusion était que je devais vendre bien plus que 1500 euros de marchandise si je voulais m’en sortir…

Elle m’a regardé froidement en me disant : « Vous vous rendez compte ? Il ne faut pas se planter ! Il va falloir en vendre des capes*! … Franchement je ne crois pas que ce soit impossible, mais quand même… Non. Cela va être vraiment très difficile. Compte tenu de votre situation financière et sans apport personnel, ce n’est pas possible… Vous n’êtes pas trop déçue ? Vous voulez qu’on se revoie quand même ? »

J’étais médusée, je suis venue avec mon rêve, et je repars brisée, parce que mon projet n’est pas financièrement solide ?! J’ai toujours eu une sorte de dégoût pour le thème « l’argent régule et contrôle tout ». Me voilà servie. J’ai tout de même accepté de la revoir.

A suivre…

SACEM* : C’est un organisme que vous êtes dans l’obligation de payer lorsque vous voulez diffuser de la musique (radio, cd ou autre) dans n’importe quelle manifestation et concernant les droits d’auteurs.

TPE** : Terminal de paiement électronique : il s’agit de la location de la machine avec laquelle les gens peuvent payer par carte (location à votre banque).

Service bancaire*** : Apparemment les banques ont toujours des frais à faire payer aux commerçants…

Impôts fonciers**** : Souvent lorsque l’on tient un commerce, et même si l’on est locataire, ce n’est pas le propriétaire mais le commerçant qui occupe les lieux qui la paye, si c’est inscrit au préalable dans votre bail commercial. Voilà bien des infos que je ne connaissais pas avant de commencer mes recherches !

Capes* :C’est un de mes produits qui rencontre le plus de succès, vous pouvez aller voir sur mon blog :) .

Par Ninie La lune