Par papelhilo, le 17/03/2014 dans A la une, Needlenaute du mois

Un pseudo en forme de surnom mignon et des réalisations de la plus technique à la plus loufoque, voici l’inclassable Biquette !

Peux-tu présenter la Biquette de la vraie vie ? Et la Biquette virtuelle ?!

Dans la vraie vie je m’appelle Charlotte, j’ai 29 ans et je suis vétérinaire. Je suis venue habiter à Paris pour vivre avec monsieur rat des villes et mater à loisir les gens dans le métro. J’y ai pris un poste qui me laisse tout le temps nécessaire pour assouvir ma passion pour la couture. Dans l’autre vie je suis Biquette, j’ai 15 ans, j’aime faire la folle sur mon blog, me moquer un peu et râler quand il le faut. Avec un fond de snobisme : j’ai juré sur la bible des cocktails de n’avoir jamais ni compte Facebook ni Pinterest. Tant pis pour la vie sociale, en bonne introvertie, je suis très heureuse à bricoler dans mon coin.

Comment es-tu tombée dans la couture/le tricot ? Qu’en attends-tu et qu’y trouves-tu ?

A 14 ans, après avoir découpé des modèles de robes d’été toute simples avec des bretelles dans La Redoute (rigolez pas les jeunes, internet n’existait pas à l’époque, à moins d’être fille de médecins), je me suis mis en tête d’en faire une. Ma mère m’a montré comment faire le zigzag et le point arrière sur sa Bernina qui prenait la poussière et m’a laissée me dépatouiller dans mon coin. Après de nombreux essais sur des sacs poubelle, j’ai conçu la nécessité des pinces poitrine… Je n’ai jamais porté cette robe en synthétique cheap, mais elle est longtemps restée comme trophée dans l’armoire. Ensuite, j’ai cousu de temps en temps en moulant le tissu petit à petit sur moi, ce qui prenait un temps infini.

Pour mes 20 ans j’ai réussi à infléchir la tradition familiale du collier de perles et obtenu de recevoir une machine à coudre à la place. Bon investissement patrimonial puisque 10 ans plus tard je me sers toujours uniquement de cette machine. Un peu plus tard, au Noël 2006, sœur n°2 a apporté la lumière de Burda couture facile à son analphabète de frangine : j’ai utilisé mon premier patron, c’était une Danielle. J’ai commencé à utiliser tant bien que mal les patrons Burda le plus souvent comme base pour perdre moins de temps en moulage, et au fil du temps, les ai de plus en plus utilisés tels quels au fur et à mesure que je me familiarisais avec les usages de la couture, le rythme de production s’accroissant progressivement. J’ai goûté une première fois à la construction de patron en 2009 avec un cousin modéliste, mais n’ai commencé à approfondir que l’an dernier, et c’est d’ailleurs ce qui m’a motivée à ouvrir un blog.

J’ai commencé le tricot l’été dernier, d’abord pour faire une expérience de teinture, puis je me suis prise au jeu ; j’ai d’ailleurs plus de facilité à accepter l’idée de faire des basiques en tricot que des basiques en couture. Je suis une brêle en dessin et ne saurais d’ailleurs m’en contenter ; j’ai besoin de passer à la couture pour savoir si un agencement tient le coup et est à la hauteur du potentiel que j’imagine, et que je n’arrive pas vraiment à simuler par le dessin. C’est le grand plaisir de la couture pour moi : donner corps à des intuitions ou reproduire des impressions, et l’excitation de pouvoir mettre les choses en œuvre pour savoir si ça marche. Si ça rate ou que ce n’est pas parfait, ce n’est pas très grave, on s’y sera frotté et ça aura forgé le goût en définissant de mieux en mieux ce dans quoi j’ai envie de vivre.

Ton style est assez inclassable ; allez, si tu essayais de le décrire quand même ?!

Ah, le style de Biquette, les plus grands titres de la presse féminine s’y sont cassé les dents. Le style “jeune qui se cherche” ? Je dirais un style qui n’aime pas s’encombrer mais qui aime jouer avec ce que peut exprimer un vêtement. Comme je ne suis portée ni sur le maquillage ni sur les accessoires, j’aime bien faire des vêtements avec du caractère, que ce soit par la couleur, le tissu ou la coupe. Avec comme condition que l’ordinaire de mon armoire doit pouvoir permettre une certaine nonchalance et supporter le pipi de chat… c’est son côté rustique.

Et quelles sont tes sources d’inspiration ?

Les vêtements existants (visuels de défilés ou lookbooks), des dessins techniques bien réalisés, les règles sartoriales de l’habillement masculin, les détails de construction des différents types de vêtements et leur évolution au cours de l’histoire, des impressions visuelles, des films, des chansons, des agencements de couleur ou de matière. Tout, en fait, à l’exception de mon répondeur téléphonique. Ma profession m’inspire également…Ce que je préfère, c’est l’inspiration par méprise : croyant voir quelque chose sur une image ou une personne, j’essaye de le développer, puis je m’aperçois de la méprise sur l’objet d’origine et qu’en fait le truc obtenu est beaucoup plus intéressant.

Tes points forts ? Tes points faibles ?

J’aime chercher, que ce soit dans le passage en revue des sources d’inspiration et l’analyse de leur composition ou dans la forme à donner à un modèle. L’apprentissage du patronage s’inscrit dans cette démarche de comprendre pourquoi ça marche et d’essayer de prévoir avant de faire. J’aime aussi tester, mes idées ou celles des autres. Et j’aime également critiquer :P  Je ne suis pas une personne très appliquée : une fois le concept validé, me focaliser sur les détails et prendre tout le temps nécessaire pour cela en organisant les étapes me met facilement les nerfs en pelote. Bien que cela change petit à petit, les finitions sont dans le fond un “mal” nécessaire pour obtenir un vêtement qui tient la route, et pas ce pour quoi je couds. J’ai aussi du mal à me bouger les fesses pour mettre en place de petites choses pratiques qui me simplifieraient beaucoup la vie.

Présente-nous ton chef-d’oeuvre (et tes ratages aussi !)

Je dirais ma veste en velours marron, déjà parce que j’ai réussi à m’en sortir niveau technique, et surtout à cause du confort ressenti à l’intérieur qui était imprévisible au départ et avéré au delà de toute attente. Malgré ses poches trop petites et ses épaulettes bizarres, c’est l’amour comme au premier jour.Peu de choses atterrissent à la poubelle, même dans les trucs dont je deviens sûre en cours de fabrication qu’ils seront importables, j’aime bien aller jusqu’au bout du plantage pour le panache. J’ai déjà fait un imperméable en nappe plastique transparente irisée avec de très beaux motifs végétaux, et des boutons pressions dorés. Il est bien trop raide et les trous d’aiguille ont dû être imperméabilisés avec de la glu (les malheurs de Sophie, ça vous dit quelque chose ?). Chez mes parents, j’ai tout un portant de ces pseudo-ratages que je ne jetterais pour rien au monde.

Tu couds pas mal de Burda, mais quelles sont plus largement tes marques et adresses préférées ?

Pour la laine il n’y en a pas encore, quoique le marketing de Drops soit très efficace sur moi. Pour le tissu, j’ai eu la chance de grandir à côté de la brocante industrielle de Glos-la-ferrière (dans l’Orne), qui propose notamment des centaines de rouleaux de tissu à 3 euros le mètre. Si niveau goût et qualité ça se rapproche de Stop tissus (à Paris), sur la quantité il y a toujours de bonnes trouvailles à faire. J’aime aussi m’approvisionner dans la chaîne de friperie pas cher Guerrisol quand j’ai besoin de tissu à toile, de cuir, ou de tout autre matériau de seconde main susceptible d’y être présent.

Quels sont tes projets et défis à venir ?

Progresser en coupe à plat, et dompter Illustrator pour pouvoir partager des patrons s’il m’en prend l’envie. L’informatique n’est pas vraiment mon rayon mais si j’ai réussi à le faire pour partager des partitions de chansons, je devrais bien finir par y arriver pour des patrons. Sinon, réessayer de coudre des tissus fins en utilisant les bons trucs pour ne pas avoir envie de tout déchirer et donner la fessée à sa machine au bout de 2 coutures. Enfin, je rêve de me faire un gilet long et roux avec plein de torsades, c’est le projet que j’ai en tête depuis que je me suis mise au tricot ! Merci à T&N de nous donner l’occasion de découvrir des tas de gens intéressants. Il y a quelques années, j’étais un peu découragée par l’uniformité de la blogo couture, et vous m’avez redonné la foi !

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