Par Saki, le 25/01/2013 dans A la une, Discussions

On coud pour tout un tas de raisons : pour s’amuser, s’occuper, apprendre, économiser, consommer de façon responsable. Pour avoir enfin des vêtements sur-mesure et à notre goût ou simplement suivre la mode des loisirs créatifs.

On peut aussi coudre pour des raisons moins évidente, et récemment une très belle phrase de Lathelize m’a touchée à un endroit sensible : “en créant, je continue à me reconnaître. Je défends, contre la lassitude, contre la rationalité et contre les exigences du monde du travail, ce qui fait ma personnalité.” C’est peu de dire que je me reconnais dans cette citation ! Je couds pour beaucoup de raisons mais en creusant un peu je me rends compte que créer m’est aussi nécessaire que l’air que je respire.

Source : Ilovedoodle

Quiconque s’est retrouvé un jour sans emploi comprend combien il peut être difficile de se lever le matin : la tentation est parfois forte de ne pas mettre de réveil et raccourcir ainsi une longue journée que la recherche d’emploi ne suffit pas à combler. Là commence un cercle vicieux : moins on en fait plus on culpabilise de ne rien faire, sans parler de l’ego qui en prend un sacré coup mine de rien. Ne pas travailler est une chose, ne pas s’occuper en est une autre… C’est donc comme ça que j’ai commencé à coudre et tricoter un beau jour : j’avais trop de temps et pas assez de satisfactions personnelles, et tout à coup comme par magie me lever le matin est redevenu facile. J’avais des projets et hâte de m’y mettre, tout simplement.

Et ça n’est pas tout ! Tout à coup mes proches ont changé de façon de me voir, et pas seulement parce que je me suis mise à porter de fringues sur-mesure et à sourire à pleines dents : j’étais passée comme par miracle du statut de “la fille qui est au chômage” à celui de couturière/tricoteuse qui fait rêver son entourage. Les copines m’enviaient mes tenues et se sont mises à me demander de leur donner des cours, voire à me commander des vêtements. Ma famille a été rassurée de me voir aussi active. Et j’ai surtout redécouvert quelque chose que je n’aurais jamais dû oublier : le fait que je suis quelqu’un de créatif et de pas trop stupide ma foi, capable de dessiner mes propres patrons de couture de A à Z ou encore de jongler en rigolant avec des motifs de dentelle tricotée. Bref, mieux qu’un anti-dépresseur ces loisirs m’ont tirée d’un sale marasme et m’ont filé une confiance en moi à toute épreuve, qui se répercute maintenant dans bien d’autres aspects de ma vie.

Je parle ici de chômage façon “36 15 ma vie mon œuvre” mais cela s’applique aussi à celles et ceux qui bossent et refusent de se faire écraser par le monde du travail, ou encore aux parents restés au foyer et qui ne veulent pas que leur monde se limite aux changements de couches. Il ne s’agit ni plus ni moins que de résistance : résistance à un milieu professionnel parfois inhumain, résistance à un mode de pensée qui voudrait que ce soit notre emploi ou notre salaire qui nous définisse. Résistance à un moule dans lequel j’ai parfois l’impression qu’on force pour nous faire entrer… Créer ne se résume pas à fabriquer quelque chose, c’est exprimer ce que l’on est vraiment, c’est une part de liberté à laquelle se raccrocher dans les moments difficiles.

À vous de me dire si vous vous reconnaissez dans mes élucubrations ou si vous trouvez que  je complique quelque chose de très simple au final…