Par Un needlenaute, le 22/01/2013 dans A la une, Techniques, Techniques & tutos

Depuis que je tricote, j’ai toujours feutré une grande partie de mes ouvrages, qui plus est en le faisant exprès… Je sens qu’au souvenir de votre pull en alpaga préféré miniaturisé subitement en taille trois mois, vous avez envie de me passer par les armes… A moins que ?


Chaussons feutrés par picsnprops

Pourquoi feutrer un tricot

Il peut y avoir de bonnes raisons de feutrer son ouvrage :

  • Feutrer un pull usé ou qu’on ne porte plus permet toutes sortes de transformations, puisqu’on peut désormais le couper comme du tissu sans qu’il se détricote.
  • Feutrer légèrement un bonnet trop grand permet de le rétrécir.
  • Le sac en tricot est un objet convoité, mais finalement peu pratique – non doublé, il laisse s’échapper tous vos petits objets entre les mailles, doublé, il a tendance à se détendre en se désolidarisant ostensiblement de sa doublure – mais si vous le feutrez, héhé, il n’y a pas besoin de le doubler, il sera plus rigide et plus solide, et ne se détendra pas.
  • Cette raison ne vous concerne sans doute pas, mais feutrer un tricot gomme par enchantement la distance entre une tricoteuse débutante et une pro : les mailles disparaissant peu ou prou, les erreurs et irrégularités font de même…

Pour se motiver, quelques exemples de ce que l’on peut faire :

Mr Chou et Mlle ChrysanthèmeBooga BagMandarine

Je vous sens presque convaincus et prêts à me demander comment feutrer… Non ? Tant pis, je vous le dis quand même…

Un petit détour par la mécanique de la chose : la laine est hérissée de petites écailles, qui sous l’effet de la chaleur et de la friction, s’ouvrent et, en se refermant, s’agglutinent les unes aux autres ce qui provoque le rétrécissement et la densification du tricot caractéristiques du feutrage. Autrement dit, vous aurez du mal à feutrer un ouvrage tricoté ou crocheté trop serré, car les petites écailles auront moins de place pour s’ouvrir et seront protégées du frottement. Donc pour vos petites expériences, munissez-vous d’un tricot bien lâche… et en avant.

Le feutrage à la machine

On l’a tous fait au moins une fois sans le vouloir, mais comment faire quand on veut feutrer efficacement ? On ne choisit évidemment pas de cycle laine ou délicat, le mieux c’est un cycle coton à 40° ou 60°, avec un essorage maximum, et pour la lessive, du tout venant fait l’affaire (pas de Woolite et autre lessive pour linge chochotte !). L’agitation dans la machine est essentielle – plus qu’une température élevée : donc on ne bourre pas trop la machine, sinon le contenu n’est pas assez secoué et on rajoute un ou deux articles lourds (jean, serviette éponge, baskets…). Si au bout d’un cycle le résultat n’est pas assez feutré, on peut renouveler l’opération une fois…

On fait ensuite sécher l’objet feutré en le mettant en forme : je bourre mes sacs avec un sac en plastique rempli de papier froissé, un ballon gonflable peut aussi faire l’affaire pour un sac rond, une boîte en plastique aux bonnes dimensions pour un sac rectangulaire… N’oubliez pas qu’une fois feutré et séché, le tricot n’est plus du tout élastique.

L’avantage du feutrage en machine, c’est que l’objet est parfaitement rincé et essoré, et vous avez pu tricoter pendant tout le processus… Toutefois, on peut avoir besoin de feutrer à la main, parce qu’on souhaite mieux contrôler le feutrage – s’il s’agit de rétrécir un bonnet par exemple – mais aussi parce que les petits objets (étuis pour portables, par exemple) ne feutrent pas toujours très bien en machine.


Les chaussons lapins d’Eolune

Le feutrage à la main

Se munir de gants pour la lessive, car on travaille avec de l’eau très chaude, du vinaigre d’alcool et du savon de Marseille en copeaux. Comme je ne trouve pas ce dernier ingrédient, j’achète un savon de Marseille de base, ni parfumé ni enrichi, et je découpe mes copeaux à l’économe au fur et à mesure des besoins.

Verser dans une cuvette de l’eau très chaude (je travaille avec une bouilloire à côté de moi pour la maintenir aussi chaude que possible sans me brûler) ; ajouter quelques copeaux de savon, juste assez pour que ça mousse, mais pas trop (il ne faut pas qu’on ait l’impression que la laine devient glissante) et frictionner très vigoureusement son tricot, jusqu’à ce qu’il se densifie et rétrécisse. Un rinçage brutal à l’eau froide accélère le processus, car le choc thermique feutre la laine. Rincer plusieurs fois, en additionnant à la fin d’un peu de vinaigre qui élimine les résidus de savon et fixe la couleur.

Mettre à sécher en suivant les mêmes conseils que pour les objets feutrés en machine…

Les aléas du feutrage… Où l’on essaie de prévenir des déceptions éventuelles chez les adeptes fraîchement convertis du feutrage.

Le feutrage est un processus éminemment aléatoire : la même laine, selon sa couleur, donne des résultats différents dans des conditions identiques… Le coefficient de rétrécissement selon la laine utilisée, la façon dont on tricote, le point, la taille de l’objet tricoté… peut varier entre 10 et 40 %. Et faire un échantillon n’est, pour une fois, pas la panacée puisque par définition il est plus petit que l’objet tricoté.

Quelques éléments tirés de mon expérience pourront vous épargner quelques déboires : le rétrécissement est toujours plus important dans la hauteur (sens du tricot) que dans la largeur. Plus le tricot est lâche, plus il feutre : si on tricote pour feutrer, il ne faut pas hésiter à choisir son aiguille un ou deux numéros au-dessus de ce qui est préconisé par le fabricant de laine. Lorsque le tricot comporte deux épaisseurs de fil (jaquard, double-knitting) il feutre davantage, ce qui peut donner des résultats inattendus si l’ouvrage ne comporte que quelques rangées de jaquard, par exemple. Enfin, les objets trop gros ou trop petits sont plus difficiles à feutrer.


Laine d’Alpaga, visuel ALittleMercerie

Le choix de la laine

De toute évidence on ne choisit pas de laine «superwash» puisque celle-ci est traitée précisément pour ne pas feutrer. Il est préférable de choisir un fil en 100 % fibre animale, laine, alpaga ou mohair… pas de coton et laine ou de synthétique, et pas de soie majoritaire, non plus, car celle-ci, quoique composée de protéine, ne feutre pas.

Pour vos premiers essais, je recommande la Cascade 220 et sa cousine la Cascade 220 heather : elles feutrent parfaitement, les mailles ne se voient plus du tout. La laine Antique de Fonty fonctionne aussi très bien pour des ouvrages plus épais (grands sacs, paniers) les mailles demeurant un peu plus distincts.

Et quand vous n’aurez même plus peur vous pourrez feutrer – comme je le fais sans trop oser m’en vanter – des laines hors de prix teintes à la main comme la Kureyon de Noro, ou la Colourscape Chunky de Rowan…

Et ce sera le signe que je vous ai irrémédiablement contaminés…

Pour aller plus loin (dans la route de la perversion)

(merci à Olivia-Monsouk pour ce partage d’expérience !)