Par Saki, le 08/03/2012 dans A la une, Discussions

Aujourd’hui, c’est la journée internationale des droits des femmes. L’occasion de se questionner sur le retour en force de la couture et du DIY, et leurs implications. Nous ressortons donc avec plaisir de nos tiroirs cet excellent article de Saki, toujours d’actualité.

[NDLR : Et les hommes dans tout ça ? Hommes qui aidez, cousez, tricotez, bricolez, et militez pour l'égalité dans le couple, on veut votre point de vue sur la question !]

Tout a commencé par une interview d’Elisabeth Badinter parue dans un célèbre magazine féminin

harder-cuter-she-looks1interview sur laquelle je suis tombée en plein milieu de notre semaine écolo ; s’en est suivie une discussion avec un bon nombre de mes amies et collègues qui m’a fait réaliser à quel point le sujet était complexe et sensible.

De quoi est-ce que je parle au juste ? De l’idée pas si saugrenue selon laquelle l’écologie et la crise sont en train de renvoyer les femmes dans leurs foyers.

Entendons-nous bien, je ne dis en aucun cas qu’être une femme au foyer est un mal, du moins tant qu’il s’agit d’un choix assumé. Ceci dit il y a de quoi se poser quelques questions, et depuis peu je fais ma tournée journalière des blogs avec un œil tout neuf : on y trouve des recettes enthousiasmantes pour réaliser soi-même de merveilleux produits d’entretien bio, des couches lavables ingénieuses faites en prime de jolis tissus, des tutoriels bluffants pour des écharpes de portage… Tant de bonnes idées qui au final tournent toutes autour d’une tendance générale: pour le bien de tous (de la planète, de nos enfants ou de ceux des autres, de notre santé, de notre portefeuille, du crémier et du chien de la crémière…) nous devons revenir aux méthodes traditionnelles de nos grand-mères !

Allons bon, tout à coup tout ce que l’on considérait comme un progrès serait donc à éliminer ?

Adieu couches, biberons en plastique et plats préparés, adieu précieux gain de temps, bonjour culpabilité.

Ceci dit, outre l’aspect “action citoyenne”, cela peut avoir quelques côtés agréables, surtout quand comme nombre d’entre nous on apprécie les activités manuelles et le DIY*, mais comment faire si on travaille ? Parce que tout ça c’est drôlement chronophage quand même. Je le sais, j’ai admiré ma mère toute ma vie pour ça ! Ma mère donc, comme d’autres femmes de sa génération, était Superwoman en personne : un travail à plein temps, un mari très pris par son boulot, deux enfants du genre casse-cou et au solide coup de fourchette, une machine à coudre qui tournait raisonnablement, une grande maison à entretenir, à retaper aussi (c’est elle qui m’a appris à peindre et bricoler)… Au moment où j’envisage de fonder une famille, je me demande si je serais un jour à la hauteur, et voila qu’en prime je commence à sentir une sacrée pression puisqu’en plus de tout cela je devrais être New Superwoman, la même mais en plus écolo et économe.

En théorie, je vote pour, en pratique je ne sais pas comment je vais trouver le temps et, je l’avoue, cette idée me cause quelques angoisses.

Et quelque part au fond de moi il y a aussi une petite rebelle qui se demande pourquoi on jette l’opprobre sur les fabricants de couches trop polluantes, au lieu, par exemple, de les encourager à avoir une production plus écologique.

Bien entendu, l’idée de rester chez moi à m’occuper de mes éventuelles futures merveilles tout en leur cousant de délicieux vêtements n’est pas pour me déplaire, mais mon petit doigt me dit (à tort ou à raison) que tout cela relève plutôt du fantasme et qu’en vérité je me retrouverai rapidement en train de tourner en rond, désespérée d’avoir perdu mon indépendance financière, avec des minots qui trouveront vite ringard de porter des vêtements homemade alors que leurs copains ont tous des tenues à la mode achetées en magasin.

A ce stade, il y a un chiffre important à rappeler: 27 %.

C’était en 2006 l’écart de salaire moyen entre hommes et femmes en France. Dans ces conditions malheureusement, quand la charge de travail à la maison est trop importante et qu’on décide que l’un des conjoints doit arrêter de travailler, la question n’est pas forcément de savoir qui en a le plus envie mais simplement quel salaire est “dispensable” ou qui a le poste le moins intéressant, et c’est souvent la femme qui quitte son travail.

Je causais plus haut de discussions que j’ai eu avec des amies et “collègues”, toutes adeptes du DIY* ; il en ressort une crainte générale de perdre l’idée de coudre/tricoter/cuisiner pour le simple plaisir : du loisir on risque de passer sans s’en rendre compte à un genre d’esclavage entretenu par une idée de perfection, à force de surfer d’un blog à l’autre (car oui, nous formons une petite communauté soumise aux même codes que le reste de la société, et si la majorité affirment que faire les choses d’une façon est bien, il peut être difficile d’aller à contre courant).

Certaines évoquent également le retour au manuel comme une opposition à l’héritage féministe de nos mères parfois lourd à porter, une façon de se démarquer. Il en est de même de la volonté affirmée d’être mère au foyer, quand ce n’est pas forcément le travail le plus valorisé qui soit par nos mères elles-mêmes.

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Voila, je viens à vous avec beaucoup de sujets de réflexion

mais aucune réponse, simplement l’envie d’en parler, d’apprendre quelles sont vos expériences, vos avis sur le sujet. Je suis certainement passée à côté de pas mal de choses, peut être trouvez-vous que j’ai des idées préconçues sur le sujet… C’est le moment de vous jeter sur votre clavier : tout le monde a son mot à dire, l’équipe de T&N est là pour vous écouter.

* DIY : do it yourself, c’est à dire “fait maison”.

Quelques liens utiles