Par Tasticottine, le 14/06/2011 dans A la une, Récits et témoignages

Quand on la voit fonctionner pour la première fois, une machine à coudre a un petit côté magique

qui fait gazouiller d’aise l’enfant en nous. On ne sait pas comment ça fonctionne au juste, mais cette jolie couture toute droite obtenue juste en appuyant sur une pédale, c’est incroyable. Ça tiendrait presque du prodige.

Et bien admirons et enthousiasmons-nous sans limites, mes ami(e)s, parce que ça n’a pas du tout été évident d’en arriver à une machine qui sache faire cela.

Nombreux sont ceux qui essayèrent de mécaniser la couture et l’histoire de la machine à coudre est jalonnée d’échecs, d’imitations, de brevets et de querelles entre inventeurs. Une véritable saga mondiale, pourrait-on dire.

Les premières tentatives remontent au XVIIIème siècle. En 1755, Charles Weisenthal, un inventeur allemand installé en Angleterre, breveta une aiguille pour machine à coudre mécanique. Seulement, le brevet ne décrivait pas ladite machine.

En 1790, l’Anglais Thomas Saint décida de protéger la machine à coudre qu’il avait inventée en déposant un brevet. L’histoire ne dit pas s’il avait tenté de construire un prototype de son invention mais on découvrira, en 1880, qu’une machine construite d’après les dessins du brevet ne pouvait fonctionner en l’état.

En fait, beaucoup d’inventeurs se penchèrent sur la question à cette époque-là et cherchèrent à reproduire le mouvement de la main. Ce fut le cas, par exemple, de Joseph Madersperger, un inventeur autrichien qui conçut une machine en ce sens en 1814 et passa ensuite toute sa vie à tenter, en vain, de l’améliorer.

En 1818, John Knowles et John Adams Dodge, deux américains, parvinrent enfin à créer une machine à coudre qui fonctionnait réellement.

Malheureusement, elle ne cousait que sur quelques centimètres après quoi il fallait retirer le tissu et ré-enfiler la machine, ce qui prenait nettement plus de temps que de coudre directement à la main.

Certains pensent que le véritable inventeur de la machine à coudre est le français Barthélémy Thimonnier. En 1929, ce tailleur français originaire d’Amplepuis dans le Rhône construisit une « couseuse », machine en bois réalisant un point de chaînette à un fil à la vitesse de 200 points/minute, qu’il fit breveter en 1930. Son invention fonctionnait si bien qu’il décrocha un contrat pour en construire de nombreuses autres, utilisées pour confectionner des uniformes militaires pour l’armée française.

Leur gagne-pain menacé par cette invention plus productive qu’eux, les autres tailleurs réagirent en détruisant l’atelier et les machines de Thimonnier, celui-ci ne réussissant à en sauver qu’une qu’il améliora au fil des années. En 1855, son invention fut enfin officiellement reconnue mais il profita peu de son succès : il mourut 2 ans plus tard.

C’est un américain, Elias Howe, qui breveta en 1846 le principe des machines à coudre actuelles :

sa machine à point noué faisait se croiser deux fils, le fil de bobine et le fil de canette, dans l’épaisseur du tissu. Elias Howe eut beaucoup de difficultés à faire connaître sa machine et surtout à protéger son brevet des imitateurs.

Ainsi un machiniste new yorkais, Isaac Singer, reprenant le principe du point noué, mit au point une version améliorée de la machine à coudre en 1851, avec un mouvement d’aiguille vertical et fonctionnant au moyen d’une pédale actionnée par le pied. Cela lui valut un procès intenté par Howe pour vol de brevet, procès qu’il perdit en 1854 et qui l’obligea à partager ses gains avec Howe.

Singer remporta néanmoins le premier prix de l’exposition universelle de Paris en 1855 avec la première machine à coudre à usage domestique. Par la suite, il eut de brillantes idées en matière de commerce, telles que la location-vente, qui lui permirent de populariser la machine à coudre et d’ériger un véritable empire.

De mécanique, la machine à coudre devint électrique au cours du XXe siècle. La machine à coudre électrique connut son essor après-guerre, au début des années 50 avant d’être délaissée par les ménages qui se tournèrent de plus en plus vers le prêt-à-porter.

Les fabricants continuèrent cependant à améliorer leurs modèles et aujourd’hui, les machines à coudre font de plus en plus appel à l’électronique, repoussant sans cesse les limites de la créativité.